Eleonora Duse arrive en salles Mi-janvier 2026 en France, porté par la mise en scène habitée de Pietro Marcello et l’interprétation vibrante de Valeria Bruni Tedeschi. Le film plonge dans les dernières années d’une icône du théâtre, quand une artiste fatiguée mais indomptable choisit pourtant de remonter sur scène, alors que l’Italie sort exsangue de la Grande Guerre et glisse vers le fascisme. Présenté en compétition officielle à la 82e Mostra de Venise le 3 septembre 2025, le long métrage s’annonce comme l’un des événements de l’hiver ciné.

Marcello ne signe pas un biopic « illustratif », mais une odyssée intérieure : sa caméra s’attache à la fin d’une vie de scène, au moment du doute et de l’épuisement, quand l’art devient acte de résistance. Le cinéaste le dit lui-même : il s’agissait de « raconter l’âme d’une femme, d’une artiste, en temps de bouleversements historiques », en scrutant le lien entre art et pouvoir. Sa déclaration d’intention met au premier plan la confrontation de Duse avec sa propre légende, sa maternité, le poète d’Annunzio et l’histoire italienne.
Une distribution sculptée pour le rôle : Valeria Bruni Tedeschi, Noémie Merlant, Noémie Lvovsky
Le casting associe comédiennes et comédiens d’Italie et de France, comme si la troupe de théâtre que Duse chérissait se reformait pour le cinéma. Valeria Bruni Tedeschi incarne Eleonora Duse avec une intensité fragile ; Noémie Merlant joue Enrichetta Checchi, la fille très pieuse et souvent rétive aux choix de sa mère ; Fausto Russo Alesi campe Gabriele d’Annunzio, poète national et amant tourmenté ; Noémie Lvovsky apparaît en Sarah Bernhardt, l’étoile française avec laquelle Duse fut constamment comparée ; Vincenzo Pirrotta prête ses traits à Benito Mussolini. S’ajoutent Marcello Mazzarella (Mariano Fortuny y Madrazo), Fanni Wrochna (Désirée), Vincenzo Nemolato (Memo Benassi), Federico Pacifici (Saturnino Ciarcelluti), Vincenza Modica (Matilde Serao) et Edoardo Sorgente (Giacomo Rossetti). Cette distribution, soigneusement pensée, crée un écosystème dramatique où chaque rôle fait résonner les contradictions d’une époque.

Une écriture au cordeau et un travail d’archives
Co-écrit par Pietro Marcello avec Letizia Russo et Guido Silei, le scénario privilégie les années crépusculaires : hospitalisations, difficultés financières, deuils et choix artistiques radicaux. La mise en scène tisse la fiction avec des images d’archives des années 1920, un dispositif qui inscrit la « Divina » dans le flux réel de l’Histoire et renforce l’impact sensoriel du récit. Cette hybridation, parfois tournée en 16 mm, ressuscite la matière d’un pays en mutation tout en conservant la musicalité du jeu théâtral.
Une équipe technique qui sculpte la mémoire
Le film s’entoure d’artisans rompus aux matières sensibles : Marco Graziaplena (image) privilégie un grain charnel ; Fabrizio Federico et Cristiano Travaglioli (montage) donnent un rythme respiré aux ruptures de temps ; Marco Messina, Sacha Ricci et Fabrizio Elvetico signent une partition musicale qui épouse la vibration intime du personnage. Les décors de Gaspare De Pascali et les costumes d’Ursula Patzak ancrent la reconstitution dans une vérité tactile sans tape-à-l’œil.
Duse, Sarah Bernhardt et la question du style d’interprétation — Eleonora Duse
Le film ne se contente pas d’honorer une légende : il interroge la révolution silencieuse de Duse dans l’art du jeu. À rebours du verbe haut et de la déclamation, elle imposait un naturalismo presque moderne, un dépouillement des gestes et une intériorité qui influencera durablement la scène européenne. En confrontant Duse à Bernhardt (apparition de Lvovsky), Marcello fait dialoguer deux écoles, deux mythologies et deux façons d’habiter la scène. L’écart entre la pose « statuaire » et la sincérité nue devient un motif dramatique, une manière d’opposer le théâtre-icône et le théâtre-vérité.

Fascisme, censure et puissance du plateau : l’art comme rempart
Dans l’Italie des années 1919–1924, la montée du fascisme accélère l’assignation des artistes à un récit national figé. Marcello montre comment la scène, pour Duse, ne sert pas seulement de refuge mais de contre-pouvoir symbolique : chaque entrée, chaque arrêt sur le souffle, devient un geste politique. Le plateau de théâtre, cadré comme un champ de bataille intime, oppose sa fragilité à la brutalité de la rue et des uniformes. C’est tout le sens de son retour : revenir jouer malgré l’âge, la maladie et les injonctions, comme si la grâce d’un soir pouvait desserrer l’étau du monde.
Naissance d’un film-événement : Venise, salles italiennes et sortie France — distribution
Duse a fait sa première mondiale en compétition à Venise le 3 septembre 2025, avant sa diffusion en Italie. La distribution italienne est assurée par PiperFilm, tandis que les ventes internationales sont confiées à The Match Factory. En France, la sortie nationale est fixée au 14 janvier 2026 et la distribution est assurée par Ad Vitam. Plusieurs supports professionnels et festivals français confirment cette date hivernale, où le film s’inscrit dans un line-up d’auteur très identifié.
Un mot sur la méthode : la troupe et la confiance
Marcello revendique un travail en troupe, à l’écoute des acteurs et des actrices, recherchant moins l’illustration que l’incarnation. La complicité avec Valeria Bruni Tedeschi a été déterminante : de la préparation à la mise en place de séquences entières où la caméra accueille l’accident, la direction d’acteurs épouse l’idée d’une vérité de plateau. Les entretiens récents du cinéaste soulignent ce désir de saisir un « esprit » plutôt qu’une biographie exhaustive, d’où la concentration sur les années de vulnérabilité, la relation à la fille Enrichetta, et la correspondance qui irrigue le film.
Pourquoi il faut voir Eleonora Duse
Parce que le film marie matière d’archive et fièvre de jeu ; parce qu’il raconte une renaissance à contre-courant ; parce qu’il réhabilite en France une actrice monumentale un peu oubliée du grand public ; parce qu’il offre à Valeria Bruni Tedeschi l’un de ses plus beaux rôles ; et parce qu’il tend un miroir à notre époque : que reste-t-il de l’art quand l’Histoire se crispe ?
Fiche artistique & technique
Réalisation : Pietro Marcello — Scénario : Pietro Marcello, Letizia Russo, Guido Silei — Photographie : Marco Graziaplena — Montage : Fabrizio Federico, Cristiano Travaglioli — Musique : Marco Messina, Sacha Ricci, Fabrizio Elvetico — Décors : Gaspare De Pascali — Costumes : Ursula Patzak.
Interprètes principaux : Valeria Bruni Tedeschi (Eleonora Duse), Noémie Merlant (Enrichetta Checchi), Fausto Russo Alesi (Gabriele d’Annunzio), Noémie Lvovsky (Sarah Bernhardt), Vincenzo Pirrotta (Benito Mussolini), Marcello Mazzarella (Mariano Fortuny y Madrazo), Fanni Wrochna (Désirée), Vincenzo Nemolato (Memo Benassi), Federico Pacifici (Saturnino Ciarcelluti), Vincenza Modica (Matilde Serao), Edoardo Sorgente (Giacomo Rossetti).
Durée : 122–125 min selon sélections festival — Pays : Italie/France — Langue : italien.
Calendrier & distribution – Date de sortie
Première mondiale : Venise 2025, Compétition.
Italie : Distribution PiperFilm.
International : ventes The Match Factory.
France : Ad Vitam — date de sortie sortie cinéma le 14 janvier 2026 (line-up confirmé par la filière pro).
FAQ – Eleonora Duse
Le film couvre-t-il toute la vie de Duse ?
Non, il se concentre sur les dernières années : le retour sur scène, les épreuves physiques et affectives, et la confrontation à l’Italie qui change.
Quelle place occupe d’Annunzio dans le récit ?
Il est un contre-champ essentiel : amant, monument littéraire et force d’attraction ambiguë. Le film explore la complexité de leur lien, sur fond de nationalisme montant.
Pourquoi parle-t-on d’images d’archives et de 16 mm ?
Marcello mêle archives des années 1920 et tournage argentique pour donner une texture historique au récit, tout en gardant la souplesse de la fiction.
La sortie France est-elle calée ?
Oui : 14 janvier 2026 en salles, distribuée par Ad Vitam.
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