Le 79e Festival de Cannes s’est ouvert mardi 12 mai 2026 avec La Vénus électrique, le nouveau film de Pierre Salvadori, présenté hors compétition après la cérémonie d’ouverture retransmise sur France Télévisions et Brut. L’événement, lancé par Gong Li et Jane Fonda, a installé d’emblée un contraste très cannois : d’un côté, la solennité d’une Palme d’honneur remise à Peter Jackson ; de l’autre, une comédie française d’époque où le mensonge, le désir et le spectacle se répondent comme dans un numéro de foire.

Ce choix d’ouverture n’a rien d’anodin. Avant que le jury présidé par Park Chan-wook ne plonge dans la compétition, Cannes a préféré lancer ses douze jours de cinéma par un film de faux-semblants, porté par Anaïs Demoustier, Pio Marmaï, Gilles Lellouche et Vimala Pons. Une manière de rappeler que le Festival adore les grands gestes, mais qu’il sait aussi faire monter la pression avec une histoire de regards, de manipulation et de sentiments pris au piège.

Une ouverture qui joue la carte du faux-semblant

Avec La Vénus électrique, Pierre Salvadori revient à un territoire qu’il connaît bien : la comédie de situation, le rythme des dialogues, les personnages qui mentent pour survivre, séduire ou se protéger. Le film se déroule à Paris en 1928, dans un univers de fête foraine, d’illusion et de croyance trouble. Le point de départ repose sur Suzanne, une jeune femme associée à une attraction baptisée la Vénus électrique, qui se retrouve entraînée dans une machination sentimentale.

L’angle le plus fort de cette ouverture est là : Cannes ne démarre pas par un film de prestige écrasant, mais par une comédie romantique qui transforme le mensonge en moteur dramatique. Dans un festival où chaque apparition, chaque photo et chaque phrase peuvent devenir événement, ce film sur les apparences fonctionne presque comme un miroir tendre et malicieux de la Croisette.

La Vénus électrique, le pari léger qui cache une mécanique précise

Présenté comme film d’ouverture hors compétition, La Vénus électrique succède à Partir un jour, premier film d’Amélie Bonnin, qui avait ouvert la précédente édition. Cette place d’ouverture expose toujours un film à une pression particulière : il doit fédérer, donner une couleur, séduire les professionnels, les médias, les invités et les spectateurs qui suivent la cérémonie dans les salles partenaires.

Pierre Salvadori ne cherche pas seulement l’élégance rétro. Le film repose sur une mécanique de croyance : un homme endeuillé, une fausse voyante, un intermédiaire intéressé, et une femme absente dont le souvenir continue de perturber les vivants. La comédie avance donc sur un fil délicat : faire rire sans abîmer la mélancolie, créer du romanesque sans révéler trop vite la supercherie.

Anaïs Demoustier au centre du courant

Anaïs Demoustier incarne Suzanne, personnage clef de cette comédie d’illusions. Elle n’est pas seulement la figure féminine qui déclenche le récit : elle est celle par qui le trouble circule. Dans l’univers du film, Suzanne participe à une attraction de fête foraine liée à l’électricité et au baiser, avant d’être impliquée dans une mise en scène plus intime et plus dangereuse.

Le rôle demande une précision particulière : Suzanne doit pouvoir tromper, émouvoir, résister, séduire, tout en laissant deviner la fatigue d’une femme utilisée par les autres. C’est exactement le type de personnage que Salvadori affectionne : quelqu’un qui semble pris dans une farce, mais dont les choix finissent par peser émotionnellement.

Pio Marmaï face au piège sentimental

Face à elle, Pio Marmaï joue Antoine Balestro, un jeune peintre endeuillé. Le personnage croit pouvoir retrouver un lien avec une femme disparue, Irène, par l’intermédiaire de séances et de signes orchestrés autour de Suzanne. Ce dispositif donne au film une dynamique de comédie spirite, entre manipulation et besoin sincère de croire.

L’intérêt du rôle tient à son ambiguïté. Antoine n’est pas seulement une victime naïve : c’est aussi un homme qui veut être convaincu. Le film joue avec cette zone sensible où la douleur rend possible l’illusion. À Cannes, ce ressort a de quoi attirer l’attention, car il donne à la comédie un sous-texte plus sombre que ne le laisse supposer son emballage burlesque.

Gilles Lellouche, moteur de la manipulation

Gilles Lellouche interprète Armand, personnage lié à la stratégie qui enferme Suzanne et Antoine dans un jeu de dupes. Dans les informations disponibles sur le film, Armand est présenté comme l’un des rouages essentiels de la supercherie, notamment autour du monde de l’art et du besoin de relancer l’inspiration d’Antoine.

Ce type de rôle convient bien à l’énergie de Lellouche : présence physique, autorité immédiate, capacité à rendre un personnage à la fois drôle, inquiétant et profondément humain. Dans une comédie de Salvadori, le manipulateur n’est jamais seulement un méchant. Il est souvent celui qui croit contrôler le récit, jusqu’au moment où les sentiments viennent saboter son plan.

Vimala Pons, présence fantôme et clé émotionnelle

Vimala Pons incarne Irène, figure centrale bien qu’absente du présent immédiat du récit. Son personnage apparaît comme le point de fixation d’Antoine et la raison pour laquelle le stratagème autour de Suzanne peut fonctionner. Le film utilise donc Irène comme un souvenir actif, une image qui continue de produire du désir, de la douleur et de la fiction.

Cette présence ajoute une dimension plus trouble au film. Derrière la légèreté de la fête foraine, il y a une histoire de deuil, de projection et de remplacement impossible. C’est précisément ce mélange qui rend l’ouverture intrigante : Cannes a choisi une comédie, mais une comédie hantée.

Pierre Salvadori retrouve son goût du déséquilibre

Pierre Salvadori signe ici son onzième long-métrage. Le cinéaste est associé à une tradition de comédie française où le rythme compte autant que les sentiments, avec des films comme Cible émouvante, Hors de prix ou En liberté !. Le Festival de Cannes rappelle également sa longue collaboration avec Philippe Martin et Les Films Pelléas, qui accompagnent son cinéma depuis ses débuts.

Ce qui distingue Salvadori, c’est sa manière d’utiliser les situations absurdes pour révéler des failles très concrètes : peur d’être aimé, honte sociale, désir de fuite, besoin de reconnaissance. La Vénus électrique semble prolonger cette ligne avec une promesse claire : faire rire d’un mensonge qui devient trop beau pour rester seulement un mensonge.

Une cérémonie portée par Gong Li, Jane Fonda et Peter Jackson

La soirée d’ouverture a aussi été marquée par le geste symbolique de Gong Li et Jane Fonda, qui ont déclaré ouverte cette 79e édition. Jane Fonda a notamment replacé le cinéma du côté de la résistance et de la liberté artistique, dans une cérémonie qui a mêlé célébration, mémoire et prise de parole.

Autre moment fort : la Palme d’honneur remise à Peter Jackson. Le cinéaste néo-zélandais, connu mondialement pour Le Seigneur des anneaux et Le Hobbit, a été célébré par Cannes pour une carrière qui a fait entrer l’heroic fantasy dans une dimension spectaculaire et populaire majeure. Le Festival a aussi prévu un rendez-vous public avec lui le mercredi 13 mai à 11 h, au lendemain de cette remise.

Park Chan-wook, un jury attendu au tournant

La compétition officielle commence sous l’autorité de Park Chan-wook, premier cinéaste coréen à présider le jury des longs métrages du Festival de Cannes. Le jury réunit Demi Moore, Ruth Negga, Laura Wandel, Diego Céspedes, Isaach De Bankolé, Paul Laverty, Chloé Zhao et Stellan Skarsgård.

Ce jury attire naturellement les regards. Park Chan-wook est un cinéaste du désir, de la violence contenue, de la mise en scène millimétrée et des récits à pièges. Le voir ouvrir son mandat après un film comme La Vénus électrique, lui-même construit sur l’illusion et la manipulation, crée un écho intéressant. Cannes démarre par le faux-semblant avant de confier la vérité du palmarès à un maître du trouble.

Une diffusion pensée pour dépasser la Croisette

La cérémonie d’ouverture a été retransmise en direct sur France Télévisions et Brut, tandis que de nombreuses salles françaises ont proposé la soirée suivie de la projection du film d’ouverture. Ce dispositif confirme l’évolution du Festival : Cannes reste un événement de professionnels, mais cherche aussi à faire vivre son ouverture comme un rendez-vous collectif de cinéma.

Pour La Vénus électrique, cette exposition est précieuse. Un film d’ouverture n’est pas seulement vu par les invités du Grand Théâtre Lumière : il devient immédiatement un objet de conversation nationale. Dans le cas de Salvadori, cette fenêtre permet de mettre en avant une comédie française ambitieuse, populaire dans son casting, mais exigeante dans sa construction.

Une réception déjà contrastée mais très observée

Comme souvent avec les films d’ouverture cannois, les premières réactions dessinent un paysage contrasté. Certains retours soulignent la douceur, le charme et la sophistication du film, tandis que d’autres pointent un rythme moins convaincant ou une magie inégale. Cette polarisation n’a rien d’inhabituel à Cannes, surtout pour une comédie romantique d’époque projetée en ouverture, un créneau à la fois prestigieux et périlleux.

Ce qui compte, au fond, c’est que le film a immédiatement donné une couleur à l’édition : moins tapageuse qu’un blockbuster, plus joueuse qu’un drame de compétition, La Vénus électrique ouvre Cannes 2026 sur une idée simple et efficace : le cinéma est une affaire de croyance. On sait que c’est fabriqué, mais on veut y croire quand même.

Ce que cette ouverture raconte de Cannes 2026

Le contraste entre Peter Jackson et Pierre Salvadori résume bien l’identité de cette ouverture. D’un côté, un cinéaste associé à l’ampleur, aux mondes imaginaires, aux sagas qui ont marqué plusieurs générations. De l’autre, une comédie française de faux-semblants, située dans un Paris de 1928, où l’illusion tient dans un baiser, une séance, un regard, un mensonge.

Cannes 2026 semble ainsi commencer en posant une question très simple : que peut encore produire le cinéma quand il assume pleinement l’artifice ? La réponse de l’ouverture tient dans ce double mouvement : honorer un bâtisseur de mondes et lancer la fête avec un film sur ceux qui inventent des signes pour réparer les vivants.

FAQ

Quand se déroule le Festival de Cannes 2026 ?

Le 79e Festival de Cannes se tient du 12 au 23 mai 2026. L’ouverture a eu lieu le mardi 12 mai avec la cérémonie officielle et la projection de La Vénus électrique.

Quel film a ouvert Cannes 2026 ?

Le film d’ouverture est La Vénus électrique, réalisé par Pierre Salvadori. Il est présenté hors compétition et a été projeté après la cérémonie d’ouverture.

Qui joue dans La Vénus électrique ?

Le casting principal réunit Anaïs Demoustier, Pio Marmaï, Gilles Lellouche et Vimala Pons. Anaïs Demoustier joue Suzanne, Pio Marmaï incarne Antoine Balestro, Gilles Lellouche joue Armand et Vimala Pons interprète Irène.

De quoi parle La Vénus électrique ?

Le film se déroule à Paris en 1928 et suit une intrigue de faux-semblants autour d’une attraction foraine, d’une fausse voyance et d’un peintre endeuillé. L’histoire mêle comédie romantique, manipulation et mélancolie sans reposer sur un simple effet de nostalgie.

Qui préside le jury de Cannes 2026 ?

Le jury des longs métrages est présidé par Park Chan-wook. Il est entouré notamment de Demi Moore, Ruth Negga, Chloé Zhao, Stellan Skarsgård, Isaach De Bankolé, Laura Wandel, Diego Céspedes et Paul Laverty.

Pourquoi Peter Jackson a-t-il été honoré ?

Peter Jackson a reçu une Palme d’honneur lors de la cérémonie d’ouverture. Cannes a salué une carrière populaire et inventive, notamment marquée par Le Seigneur des anneaux, Le Hobbit et une contribution majeure à l’imaginaire du cinéma contemporain.

Notre conclusion

Avec La Vénus électrique, film d’ouverture hors compétition diffusé dans le cadre du 79e Festival de Cannes, le mardi 12 mai 2026, Pierre Salvadori a lancé la quinzaine sur un terrain plus dangereux qu’il n’y paraît : celui du charme, de la supercherie et des sentiments qui échappent à ceux qui croient les contrôler. La cérémonie, retransmise sur France Télévisions et Brut, a ajouté à cette ouverture un écrin de symboles, entre Gong Li, Jane Fonda, Peter Jackson et le premier regard du jury de Park Chan-wook.

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