Sorti dans les cinémas français le 17 juin 2026, Backrooms n’utilise pas seulement son labyrinthe jaune comme décor : le film de Kane Parsons cherche à contaminer la perception du spectateur. Pendant 1 h 51, les couloirs identiques, la lumière artificielle et les sons impossibles installent une sensation d’enfermement qui peut persister bien après la projection.
Le film, distribué en France par Metropolitan Filmexport et porté par Chiwetel Ejiofor, Renate Reinsve et Mark Duplass, transforme une légende née sur Internet en expérience sensorielle collective. Son véritable coup de force n’est donc pas de multiplier les créatures ou les sursauts, mais de rendre inquiétants des espaces que nous connaissons tous : arrière-boutiques, bureaux vides, moquettes fatiguées et plafonds couverts de néons.
Le malaise ne vient pas seulement de ce qui pourrait surgir au bout du couloir. Il vient surtout de l’impression qu’aucune sortie n’existe, que le plan suivant pourrait ressembler exactement au précédent et que la salle entière vient, elle aussi, de perdre ses repères.
Un film qui ne veut pas simplement faire sursauter
Backrooms appartient bien au cinéma d’horreur, mais son arme principale n’est pas l’agression frontale. Kane Parsons mise davantage sur l’attente, l’anomalie et l’incertitude. Le spectateur observe longtemps des espaces apparemment vides, tout en sachant que ce vide peut cacher quelque chose.
Cette mécanique provoque une réaction particulière. Dans un film d’horreur classique, la menace est souvent identifiable : un monstre, un tueur, une maison ou une malédiction. Ici, l’espace lui-même devient suspect. Une porte peut ne mener nulle part. Un mur peut être un passage. Une pièce peut se répéter sans respecter la géographie du bâtiment.
Le film entretient ainsi une forme de vigilance permanente. Même lorsqu’aucun danger n’apparaît à l’écran, le cadre reste menaçant. Chaque recoin semble construit pour retenir le regard, tandis que le hors-champ devient presque plus important que l’image.
Pourquoi les couloirs jaunes deviennent insupportables
La couleur jaune des Backrooms pourrait sembler presque chaleureuse. Pourtant, elle est ici délavée, sale et écrasée par une lumière fluorescente uniforme. Elle ne rappelle ni le soleil ni le confort, mais les bâtiments administratifs vieillissants, les réserves de magasins et les lieux de passage abandonnés.
Cette répétition chromatique prive progressivement le spectateur de toute respiration visuelle. Il n’existe presque aucun point d’ancrage permettant de mesurer le chemin parcouru. Un couloir ressemble au précédent. Une intersection semble conduire vers une copie légèrement modifiée du même espace.
Le cerveau cherche naturellement des différences pour comprendre où il se trouve. Backrooms lui refuse cette satisfaction. Le décor entretient donc une contradiction très efficace : tout paraît familier, mais rien ne permet de se sentir en sécurité.
Le point de départ : une porte qui ne devrait pas exister
L’intrigue débute lorsqu’une étrange ouverture apparaît dans le sous-sol d’un magasin de meubles. Clark, le personnage incarné par Chiwetel Ejiofor, découvre derrière cette porte une architecture qui ne respecte aucune logique connue.
Le film évite de révéler immédiatement toutes les règles de cet univers. Il préfère laisser les personnages avancer, tester les limites du lieu et comprendre que le retour vers le monde réel ne dépend pas seulement d’une bonne orientation.
Cette entrée par un commerce ordinaire renforce l’efficacité du concept. Les Backrooms ne sont pas présentées comme une planète lointaine ou un royaume fantastique. Elles semblent exister derrière nos propres murs, à quelques centimètres d’un espace quotidien.
Chiwetel Ejiofor porte la peur dans son corps
Chiwetel Ejiofor incarne Clark, un homme dont la disparition entraîne le récit au-delà du simple film d’exploration. Son interprétation repose beaucoup sur l’observation, la prudence et l’épuisement progressif.
L’acteur ne joue pas seulement la peur d’être attaqué. Il traduit aussi la fatigue mentale d’un homme incapable de comprendre les dimensions du piège. Ses gestes deviennent plus hésitants, son attention se fixe sur des détails minuscules et son corps semble constamment anticiper une menace invisible.
Cette retenue évite de transformer Backrooms en succession de cris. Clark agit comme le relais du public : il scrute les plafonds, touche les parois, écoute les bruits et tente de donner un sens à un environnement qui refuse toute explication stable.
Renate Reinsve apporte une tension plus intime
Renate Reinsve interprète la thérapeute liée à la disparition de Clark. Son personnage, Mary Kline, permet au film de ne pas rester enfermé dans une simple visite de couloirs.
À travers elle, le labyrinthe gagne une dimension psychologique. Les Backrooms peuvent être regardées comme un lieu physique, mais aussi comme une matérialisation de souvenirs, de traumatismes ou de zones mentales que l’on préfère éviter.
Son jeu plus intérieur crée un contraste avec l’exploration directe de Clark. Là où celui-ci affronte les murs et les passages, Mary doit faire face à ce que ces espaces réveillent. Cette double approche donne au film un équilibre entre peur concrète et vertige mental.
Mark Duplass et les seconds rôles élargissent le piège
Autour du duo principal, le casting rassemble notamment Mark Duplass, Finn Bennett, Lukita Maxwell et Avan Jogia. Ces présences permettent d’étendre l’univers sans le réduire à une confrontation isolée entre un homme et un monstre.
Le scénario distribue les informations avec prudence. Certains personnages semblent comprendre une partie du phénomène, tandis que d’autres ne perçoivent que ses conséquences. Cette fragmentation évite qu’un exposé trop clair détruise le mystère.
Les seconds rôles participent également à une question essentielle : les Backrooms sont-elles un accident, une découverte ou le résultat d’une activité humaine qui a dépassé ses créateurs ? Le film entretient cette interrogation sans livrer trop rapidement une réponse définitive.
Un décor de 30 000 pieds carrés pour perdre réellement l’équipe
L’un des choix les plus déterminants de la production a été de construire une immense portion du labyrinthe au lieu de reposer exclusivement sur des images numériques. Environ 30 000 pieds carrés de décors ont été aménagés pour recréer les pièces, couloirs et zones de transition.
Cette construction physique modifie la façon dont les acteurs se déplacent. Ils ne réagissent pas uniquement à des repères ajoutés en postproduction : ils avancent réellement dans des volumes répétitifs, avec des intersections, des murs et des distances tangibles.
Le décor aurait même été assez vaste et déroutant pour que des membres de l’équipe s’y perdent momentanément. Cette anecdote résume parfaitement le pari du film : fabriquer un espace suffisamment crédible pour que la désorientation ne soit pas seulement jouée.
Le son transforme le cinéma en pièce supplémentaire
Le malaise de Backrooms dépend autant de la bande sonore que de l’image. Les néons produisent une présence constante, presque organique. Les bourdonnements, vibrations et grondements lointains empêchent le silence d’être reposant.
Le film joue également avec la provenance des sons. Un bruit peut sembler arriver de derrière un personnage avant de se déplacer vers une autre direction. Dans une salle équipée d’un système sonore immersif, cette circulation brouille la frontière entre le cadre et l’espace occupé par les spectateurs.
Le cinéma devient alors une extension du labyrinthe. Le fauteuil reste immobile, mais l’oreille croit percevoir des mouvements autour d’elle. Ce procédé explique pourquoi certaines scènes très dépouillées peuvent produire davantage de tension qu’une apparition spectaculaire.
La musique originale, composée par Kane Parsons et Edo Van Breemen, accompagne cette instabilité sans couvrir les textures mécaniques du décor.
Kane Parsons passe de YouTube à A24 sans lisser son univers
Kane Parsons a commencé à publier sa série Backrooms sur sa chaîne Kane Pixels en janvier 2022. Ses vidéos utilisaient notamment Blender et Adobe After Effects pour créer des images volontairement imparfaites, proches d’enregistrements retrouvés.
Le projet de long métrage a été annoncé en 2023 avec A24, Chernin Entertainment, Atomic Monster et 21 Laps. Parmi les producteurs figurent James Wan, Shawn Levy et Osgood Perkins, trois noms associés à des formes très différentes de cinéma fantastique et horrifique.
Malgré ce changement d’échelle, le film conserve plusieurs éléments essentiels des vidéos : une image qui peut sembler documentaire, des plans qui laissent le décor respirer et une narration qui ne donne pas immédiatement toutes les clés.
Ce passage est d’autant plus observé que Parsons signe son premier long métrage à seulement 20 ans. Son parcours illustre une évolution du cinéma de genre : un univers peut désormais naître en ligne, fédérer une communauté, puis accéder aux salles sans abandonner complètement son langage d’origine.
Une légende née d’une image presque banale
Les Backrooms trouvent leur origine dans une photographie publiée en 2019 sur le forum 4chan. Elle montrait une pièce vide aux murs jaunes, éclairée par des néons et recouverte d’une moquette sans charme particulier.
L’image s’accompagnait de l’idée que l’on pouvait « sortir » accidentellement de la réalité et tomber dans des millions de kilomètres de pièces semblables. Les internautes ont ensuite enrichi le concept avec des niveaux, des créatures, des organisations et de multiples règles.
Kane Parsons n’a pas tenté de recopier toute cette mythologie collaborative. Sa version développe sa propre continuité, centrée sur des expériences scientifiques et sur l’organisation Async. Le film poursuit cette approche en sélectionnant les éléments compatibles avec une narration cinématographique accessible à ceux qui ne connaissent aucune vidéo préalable.
Le malaise en salle vient aussi du rythme
Une grande partie de l’inconfort repose sur la durée des plans et la lenteur de certaines explorations. Le film laisse parfois le spectateur examiner une pièce jusqu’à ce que cette immobilité devienne suspecte.
Cette stratégie peut diviser. Certains y verront une immersion nécessaire, tandis que d’autres trouveront que le récit tarde à libérer sa tension. Plusieurs critiques ont justement relevé un démarrage très progressif et une narration qui privilégie l’atmosphère au développement rapide des personnages.
Mais cette lenteur sert aussi l’expérience. En refusant de placer un événement spectaculaire toutes les quelques minutes, Parsons oblige le public à chercher lui-même les anomalies. La peur devient participative : chacun inspecte le fond du cadre et se demande s’il vient réellement de voir quelque chose bouger.
Pourquoi une partie du public adore et l’autre résiste
La réception de Backrooms révèle une fracture intéressante. Le film attire fortement les spectateurs déjà sensibles aux espaces liminaux, aux vidéos analogiques et aux récits qui laissent volontairement des zones obscures.
D’autres peuvent rester à distance face à une intrigue qui ne répond pas immédiatement à toutes les questions. Le concept exige d’accepter une logique de cauchemar : les lieux comptent parfois davantage que les explications et la sensation prime sur la résolution.
En France, le film affiche une réception partagée, avec une note spectateurs située autour de 3,2 sur 5 sur AlloCiné au moment de la consultation. Les avis recueillis par Pathé témoignent également d’un public très polarisé, entre forte adhésion, fascination et déception.
Cette division n’est pas nécessairement un échec. Elle correspond à la nature même du projet : Backrooms ne cherche pas à rassurer tout le monde avec une structure familière. Il veut laisser une impression tenace, même au prix d’un certain inconfort narratif.
Une version prolongée pousse l’expérience encore plus loin
Certaines séances françaises ont proposé Backrooms : Tout doit disparaître, une version de 2 h 07 comprenant 16 minutes supplémentaires diffusées après le générique.
Cette présentation est particulièrement cohérente avec l’univers du film. Lorsque le public pense avoir atteint la sortie, le labyrinthe se prolonge. Le générique ne marque plus une frontière totalement fiable entre l’expérience et son prolongement.
Les exploitants ont également accompagné cette version d’un avertissement précisant que son climat tendu, son ambiance anxiogène et certaines scènes sanglantes pouvaient perturber les personnes sensibles. Il ne s’agit donc pas d’une simple promesse promotionnelle : le malaise est pleinement assumé comme composante de la séance.
FAQ
Backrooms est-il vraiment effrayant ?
Le film peut être très efficace sur les personnes sensibles aux espaces vides, aux bourdonnements continus et à la perte de repères. Il comporte des manifestations plus directement horrifiques, mais son impact repose surtout sur l’anxiété et l’impression d’être observé.
Faut-il connaître les vidéos de Kane Pixels ?
Non. Le long métrage présente son propre point d’entrée, ses personnages et les principaux enjeux nécessaires à la compréhension. Les connaisseurs peuvent toutefois repérer des connexions visuelles et thématiques avec la série publiée sur YouTube.
Qui joue Clark dans Backrooms ?
Clark est interprété par Chiwetel Ejiofor. Le personnage découvre une ouverture anormale dans le sous-sol de son magasin de meubles avant de se retrouver prisonnier d’un environnement impossible.
Qui incarne la thérapeute Mary Kline ?
Renate Reinsve joue Mary Kline, la thérapeute entraînée dans les conséquences de la disparition de Clark. Son parcours donne au labyrinthe une dimension plus psychologique et émotionnelle.
Backrooms est-il interdit aux enfants ?
En France, le film est interdit aux moins de 12 ans avec avertissement. Son atmosphère anxiogène, ses séquences sanglantes et sa tension prolongée peuvent également perturber certains spectateurs plus âgés sensibles aux images oppressantes.
Combien de temps dure le film ?
La version cinéma standard dure 1 h 51. La déclinaison Backrooms : Tout doit disparaître atteint 2 h 07 grâce à 16 minutes inédites programmées après le générique.
Notre conclusion
Backrooms est un film d’horreur et de science-fiction de 1 h 51, réalisé par Kane Parsons et sorti dans les salles françaises le 17 juin 2026. Porté par Chiwetel Ejiofor et Renate Reinsve, il transforme une légende numérique en expérience de cinéma fondée sur l’espace, le son et la désorientation.
Son principal mérite est de comprendre que la peur ne dépend pas toujours de ce que l’on montre. Elle peut naître d’un néon qui grésille, d’un couloir trop long ou d’une pièce qui ressemble exactement à celle que l’on vient de quitter. En plongeant le public dans cette répétition, le film installe un malaise qui dépasse l’écran et transforme temporairement la salle en nouvelle zone du labyrinthe.
Le parcours de Kane Parsons rappelle aussi qu’un créateur peut aujourd’hui partir d’une caméra, d’un logiciel et d’une idée forte pour atteindre une production internationale. Pour celles et ceux qui rêvent de jouer devant la caméra, de repérer des castings et de rejoindre les projets qui construiront les prochaines histoires, Your Casting Pro et sa Casting Map permettent de localiser les opportunités et de passer concrètement du spectateur au plateau.

