Il y a des courts métrages qui misent tout sur un concept immédiat. Et puis il y a ceux qui, en 2 min 20, laissent une impression plus durable, presque différée, comme s’ils continuaient à travailler l’esprit bien après le visionnage. Autoportrait, écrit et réalisé par Marie Poupinet pour le Nikon Film Festival 2024, appartient clairement à cette catégorie.

Oui, le film remonte à une précédente édition du festival. Mais justement, certains courts ne s’arrêtent pas à leur date de mise en ligne ou à leur passage en compétition : ils restent, ils reviennent, et parfois il faut un peu de temps avant que l’envie d’en écrire arrive vraiment. C’est exactement ce qui se passe ici.

Le point de départ semble presque anodin : Louis est Sagittaire et il déteste les bonbons bleus. Pourtant, ce qui commence comme une présentation de soi légèrement décalée glisse peu à peu vers une confession face caméra bien plus troublante qu’elle n’en a l’air. Porté par Milo Machado-Graner, Autoportrait fait partie de ces films très courts capables d’installer une voix, un visage, une gêne, puis une vraie bascule en quelques instants seulement. Finaliste parmi les 50 derniers films en lice et lauréat du Prix Alice Guy lors de la 14e édition du Nikon Film Festival, il confirme qu’un court métrage peut marquer longtemps après sa première apparition. Et si Your Casting Pro choisit d’y consacrer un article aujourd’hui, c’est aussi pour cette raison : parce que certains films, même découverts avec un léger décalage, continuent d’imposer leur singularité bien après le bruit du moment.

AUTOPORTRAIT | Nikon Film Festival [FR/ENG]

Le plus fort, dans ce très court format, n’est pas seulement l’idée. C’est la manière dont le film vous fait entrer dans la tête d’un garçon qui semble d’abord singulier, presque attachant, avant de laisser filtrer autre chose. En très peu de plans, Autoportrait passe du portrait décalé au trouble, puis au danger. C’est précisément cette économie-là qui le rend marquant.

Un court métrage Nikon qui ne ressemble pas à un simple exercice

Autoportrait a été conçu pour le Nikon Film Festival, dont le principe repose sur des films très courts autour d’un thème imposé. Pour l’édition 2024, le film de Marie Poupinet s’est distingué au point de figurer parmi les finalistes avant d’être récompensé. Ce détail compte, parce qu’on sent dans le film une vraie maîtrise de la contrainte : rien n’y paraît jeté, rien n’y paraît accessoire.

Beaucoup de films de concours cherchent à frapper vite. Autoportrait préfère faire croire qu’il prend son temps. Il avance avec une petite phrase absurde, un ton presque neutre, une frontalité simple. Puis il laisse les images contredire la parole. C’est là que le film devient plus malin que sa durée.

De quoi parle vraiment Autoportrait sans gâcher son effet

Le synopsis officiel tient en une seule phrase : Louis est Sagittaire et il déteste les bonbons bleus. C’est court, presque comique, et justement très trompeur. Le film se présente comme l’autoportrait d’un jeune homme face caméra, sauf que chaque détail fissure l’image qu’il essaie de contrôler.

La meilleure façon d’en parler sans trop en dire, c’est de dire ceci : Autoportrait repose sur un décalage entre ce qui est affirmé et ce qui se laisse voir. Ce dispositif crée une lecture à double niveau. D’un côté, le garçon parle. De l’autre, le film révèle progressivement ce qu’il ne maîtrise plus tout à fait. Et ce glissement suffit à faire naître un vrai malaise.

Le vrai tour de force du film, c’est sa fausse douceur

Le film ne vous agresse pas. Il vous apprivoise. C’est probablement sa meilleure idée. L’écriture de Marie Poupinet donne d’abord à Louis une étrangeté presque anodine, presque drôle. Puis, très vite, cette étrangeté devient l’indice d’un déséquilibre plus inquiétant. Le personnage ne se présente pas comme un monstre. Il se raconte comme quelqu’un de normal, ou du moins comme quelqu’un qui voudrait le paraître.

Cette fausse douceur est essentielle, parce qu’elle empêche le court de tomber dans le pur numéro de style. Le film ne cherche pas à faire “effet festival” à tout prix. Il cherche plutôt à piéger le regard du spectateur avec des signes très simples. En 2 min 20, c’est une vraie qualité d’écriture et de mise en scène.

Pourquoi Milo Machado-Graner est l’atout décisif

Sans Milo Machado-Graner, Autoportrait ne frapperait sans doute pas avec la même précision. Marie Poupinet a expliqué l’avoir rencontré sur le tournage de Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan et avoir été immédiatement convaincue par ce qu’il dégageait, avant de lui proposer son scénario. Ce choix donne au film une évidence rare : le visage de l’acteur rassure autant qu’il dérange.

C’est exactement ce dont le film avait besoin. Il fallait un interprète capable de ne jamais surjouer la bizarrerie. Machado-Graner garde quelque chose d’ouvert, presque calme, qui rend la bascule encore plus efficace. C’est ce mélange qui fait tenir le film bien au-delà de son pitch.

Milo Machado-Graner s’est imposé très tôt comme l’un des jeunes visages français les plus suivis grâce à son rôle de Daniel dans Anatomie d’une chute, où son jeu tout en retenue, en fragilité et en lucidité a été largement salué, au point de lui valoir une nomination au César de la Révélation masculine, une nomination au Lumière de la Révélation masculine, une nomination aux Critics Choice Awards dans la catégorie jeune interprète, ainsi qu’un Capucine du cinéma français du meilleur second rôle masculin.

Plan serré de Milo Machado-Graner dans Anatomie d’une chute
Milo Machado-Graner dans Anatomie d’une chute, où il incarne Daniel, le jeune garçon malvoyant au cœur du drame.

Avant ce coup d’éclat, il s’était déjà fait remarquer dans En thérapie, dans Le temps des secrets télévisuels comme Alex Hugo, mais aussi au cinéma dans En attendant Bojangles, où il partageait l’écran avec son frère Solan Machado-Graner. Cette trajectoire explique pourquoi sa présence dans Autoportrait attire immédiatement l’attention : même dans un format très court, il apporte une précision de jeu rare, capable de faire basculer une scène de l’innocence apparente vers un trouble beaucoup plus profond.

Qui joue qui dans Autoportrait ?

La distribution recensée comprend Milo Machado-Graner, Clara Cantos, Wolfgang Bourgeois et Maxence Thonnat. Les fiches accessibles confirment leur présence au casting, mais le détail complet de chaque rôle n’apparaît pas partout avec le même niveau de précision. Le personnage de Louis est en revanche clairement associé à Milo Machado-Graner.

Cette relative discrétion du générique détaillé côté personnages n’est pas gênante pour le film lui-même. Autoportrait est d’abord un dispositif centré sur une présence, une parole, une perception. Les autres figures existent surtout comme éléments d’un environnement qui aide le portrait à se fissurer.

Marie Poupinet signe un film de contrôle plus qu’un film à twist

Il serait tentant de réduire Autoportrait à son effet de retournement. Ce serait un peu injuste. Le film fonctionne surtout parce qu’il contrôle très bien l’information. Marie Poupinet écrit, réalise et costume elle-même le projet, avec une équipe resserrée où l’on retrouve notamment Pierre Daschier à la photographie, César Loesch au montage et Marin Tézenas à la musique.

Portrait de Marie Poupinet, réalisatrice de Autoportrait
La réalisatrice derrière l’un des courts les plus vifs du Nikon Film Festival 2024.

Ce que cela produit à l’écran, c’est un court qui ne gaspille rien. Le cadre, le montage, les plans de coupe, la diction, tout semble placé pour faire naître un doute progressif plutôt qu’un coup de massue. Et dans le très court format, cette précision fait souvent toute la différence entre une bonne idée et un vrai film.

Les influences revendiquées éclairent beaucoup sa mise en scène

Marie Poupinet a évoqué des références allant de Wes Anderson à Parasite, en passant par Le Silence des agneaux et même le Joker. Dit comme ça, l’ensemble paraît hétérogène. Pourtant, on comprend assez bien ce que cela raconte : un goût pour la stylisation, pour le décalage, pour les personnages à double fond et pour le malaise qui surgit derrière une surface apparemment tenue.

Le résultat ne ressemble pas à un collage de références. Ce qui ressort surtout, c’est une envie de mise en scène nette, frontale, lisible, avec une vraie attention portée à la direction d’acteur. Ce n’est pas un détail : sur un film aussi court, la direction d’interprétation est pratiquement le film lui-même.

Un palmarès qui dépasse largement le seul Nikon Film Festival

Le film n’a pas seulement remporté le Prix Alice Guy au Nikon Film Festival. La filmographie publique de Marie Poupinet indique aussi pour Autoportrait le deuxième prix du jury WeAre remis par Thierry Chèze, le prix du meilleur très court-métrage, le prix du meilleur acteur et une mention spéciale photographie au French Duck Film Festival, ainsi que plusieurs sélections supplémentaires.

Ce parcours dit quelque chose d’important : Autoportrait ne s’est pas contenté d’un petit moment de visibilité lié à la compétition Nikon. Il a continué à circuler parce que son dispositif est assez fort pour survivre à la simple idée de départ. C’est souvent le signe qu’un court a une vraie mémoire visuelle.

Pourquoi le film reste en tête après seulement 2 min 20

Parce qu’il ne mise pas seulement sur la surprise. Il mise sur un trouble moral très rapide à installer. Le spectateur comprend presque immédiatement que quelque chose cloche, mais pas encore à quel point. Cette temporisation minuscule crée une participation active du regard. On ne reçoit pas juste le film : on essaie de le recalculer pendant qu’il avance.

C’est là qu’Autoportrait devient plus fort qu’un simple court “à chute”. Le film laisse derrière lui une sensation de décalage. On repense au ton, au visage, aux détails. Et ce petit effet retard est souvent le signe des formats très courts les plus réussis.

Où voir Autoportrait aujourd’hui ?

Le film a été diffusé dans le cadre du Nikon Film Festival 2024 et a connu des projections publiques, notamment en avril 2024. Il existe aussi une présence repérable sur des fiches professionnelles et des plateformes de référencement de courts métrages. 

Vous pouvez voir le film en cliquant ici (Court Métrage AUTOPORTRAIT sur YouTube)

Ce que le film raconte aussi sur Marie Poupinet

Autoportrait donne l’impression d’une réalisatrice qui sait déjà où regarder : du côté des visages, des contradictions internes, et de ce moment très précis où une scène cesse d’être neutre. Sa trajectoire publique montre qu’elle écrivait et réalisait déjà avant, et que ce film a servi de vraie rampe de visibilité.

Il y a aussi quelque chose de très prometteur dans la combinaison entre son goût de la mise en scène et son intérêt pour la direction d’acteurs. Le court le prouve assez bien : elle ne filme pas seulement une idée narrative, elle filme une présence humaine en train de se dérégler. Et ça, ce n’est pas si courant dans les formats ultra-courts.

FAQ autour de Autoportrait

De quoi parle Autoportrait ?

Le court métrage suit une forme de confession face caméra autour de Louis, présentée d’abord de manière presque anodine. Puis le film fait apparaître un décalage de plus en plus inquiétant entre ce qu’il dit et ce que les images laissent comprendre.

Qui joue dans Autoportrait ?

Le casting recensé comprend Milo Machado-Graner, Clara Cantos, Wolfgang Bourgeois et Maxence Thonnat. Milo Machado-Graner porte clairement le personnage de Louis au centre du film.

Pourquoi le film a-t-il autant marqué au Nikon Film Festival ?

Parce qu’il utilise la contrainte de 2 min 20 avec une vraie précision de mise en scène et un personnage immédiatement troublant. Le film a fait partie des 50 finalistes et a reçu le Prix Alice Guy lors de la 14e édition.

Milo Machado-Graner est-il l’un des grands atouts du film ?

Oui, très clairement. Le film repose beaucoup sur son interprétation, capable de rendre Louis à la fois crédible, singulier et progressivement inquiétant.

Autoportrait a-t-il reçu d’autres prix après le Nikon Film Festival ?

Oui. La filmographie publique de Marie Poupinet mentionne notamment des distinctions au French Duck Film Festival, ainsi que d’autres sélections et une finale au LABEL Film 2025.

Où voir Autoportrait ?

Le film a circulé via le Nikon Film Festival, des projections publiques et plusieurs relais de référencement. En revanche, sa disponibilité libre et permanente n’est pas clairement documentée de manière uniforme aujourd’hui.

Notre conclusion

Autoportrait est un court métrage français de 2 min 20, écrit et réalisé par Marie Poupinet pour l’édition 2024 du Nikon Film Festival. Porté par Milo Machado-Graner, il a remporté le Prix Alice Guy et s’est distingué bien au-delà de son format très court, avec cette capacité rare à laisser une empreinte durable. Car certains courts métrages ne disparaissent pas une fois le concours terminé : ils continuent de travailler la mémoire, de revenir plus tard, presque à retardement, jusqu’à donner envie d’y revenir par l’écriture. C’est précisément le cas d’Autoportrait, un film assez habile, troublant et retors pour mériter qu’on s’y arrête encore aujourd’hui.

Ce qui reste, au fond, ce n’est pas seulement l’efficacité d’un twist ni la réussite d’un concept pensé pour un festival. C’est la sensation d’avoir été attiré en douceur dans un portrait qui se resserre peu à peu sur son spectateur. Et pour un film d’une durée aussi brève, c’est une vraie performance.

Il y a des œuvres qui surgissent sur le moment, et d’autres qui s’installent plus lentement, mais plus profondément. Autoportrait appartient à cette seconde catégorie. C’est aussi pour cela que Your Casting Pro choisit aujourd’hui de lui consacrer un article : parce que certains courts métrages, même découverts dans le cadre d’une précédente édition du Nikon Film Festival, continuent longtemps après à faire exister une mise en scène, un acteur, un regard, et cette envie intacte de repérer avant les autres les talents qui comptent.



VOIR TOUTES LES NEWS AUDIOVISUELLES


VOUS AUSSI DEVENEZ ACTEUR OU ACTRICE ! + SUIVEZ-NOUS SUR INSTAGRAM

Se connecter

S’inscrire

Réinitialiser le mot de passe

Merci de saisir ton identifiant ou ton adresse e-mail. Un lien permettant de créer un nouveau mot de passe te sera envoyé par e-mail. (Pense à vérifier tes SPAMs)

Accueil
Retour
Partager

PARTAGER

Envoyer une annonce

⚠️ Les projets étudiants et/ou bénévoles sont acceptés.
Annonce envoyée avec succès !