Philippe Bouvard, mort ce lundi 24 août 2026 à 96 ans, restera associé aux Grosses Têtes. Pourtant, l’une de ses archives les plus saisissantes ne contient aucune plaisanterie. Le 31 octobre 1975, il recevait Pier Paolo Pasolini sur Antenne 2. Deux jours plus tard, le cinéaste italien était assassiné à Ostie.

Cette séquence de six minutes est généralement présentée comme la dernière interview télévisée de Pasolini. Elle n’est pas son ultime échange avec un journaliste: revenu à Rome, il accordera encore le 1er novembre un entretien écrit à Furio Colombo. Cette précision rend la chronologie plus rigoureuse sans retirer sa force à l’archive de Bouvard.

Le 31 octobre 1975, Pasolini arrive face à Philippe Bouvard

Pasolini est à Paris pour présenter Salò ou les 120 Journées de Sodome, son film le plus radical. Il participe à Dix de der, émission conduite par Philippe Bouvard sur Antenne 2. Le journaliste l’interroge sur son goût du scandale, son engagement politique et la manière dont il définit son métier.

Lorsque Bouvard lui demande si le nouveau film provoquera encore, Pasolini répond par une formule restée célèbre: « Scandaliser est un droit, être scandalisé un plaisir. » La phrase prend aujourd’hui une dimension testamentaire, même si l’entretien n’avait évidemment rien de prémonitoire.

Pier Paolo Pasolini photographié en 1975
Pier Paolo Pasolini en 1975, l’année de Salò et de son entretien avec Philippe Bouvard. Crédit: Dino Pedriali / archive Città Pasolini.

Salò, le film qu’il ne verra jamais vivre

Pasolini transpose l’univers de Sade dans l’Italie fasciste de la République de Salò. Le film décrit la domination, l’humiliation et la violence comme un système politique. Il deviendra l’une des œuvres les plus controversées de l’histoire du cinéma.

Au moment de l’entretien, le réalisateur défend donc un film dont il ne connaîtra pas lui-même la carrière publique. Salò sera présenté et distribué après sa mort, ce qui transforme rétrospectivement chaque réponse parisienne en document historique.

L’archive de l’entretien Bouvard et Pasolini

Le dernier interview de PIER PAOLO PASOLINI

Pourquoi il faut parler de dernière interview télévisée

Le 1er novembre, Pasolini donne à Furio Colombo un entretien écrit souvent publié sous le titre « Nous sommes tous en danger ». Dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975, son corps est retrouvé sur la plage de l’Idroscalo, à Ostie.

Bouvard est donc l’un des derniers journalistes à lui avoir parlé face caméra, mais pas le dernier journaliste à l’avoir interrogé. Cette distinction évite de transformer une archive authentique en légende simplifiée.

Le passeport de Pasolini disait simplement écrivain

Bouvard énumère les activités de son invité: poète, romancier, scénariste, acteur, critique et réalisateur. Pasolini ramène cette multiplicité à un seul mot. Sur son passeport, explique-t-il en substance, sa profession est « écrivain ».

Cette sobriété contraste avec l’ampleur de son œuvre et avec la violence des débats qu’elle déclenchait. L’entretien montre un artiste calme, presque détaché, alors qu’il vient défendre son film le plus extrême.

Une facette oubliée de Philippe Bouvard

La disparition du journaliste provoque naturellement des hommages centrés sur RTL et les Grosses Têtes. Mais Bouvard a aussi conduit des milliers d’entretiens et traversé plusieurs époques de la télévision culturelle française.

Notre article sur les légendes réunies dans La Grande Évasion montre comment une archive peut modifier la perception d’une histoire de cinéma. Ici, six minutes suffisent à rappeler que Bouvard ne fut pas uniquement un animateur de divertissement.

Certaines archives relèvent un détail vestimentaire troublant

Des centres spécialisés dans les derniers jours de Pasolini observent qu’il porte à Paris une chemise rayée et un pull gris reconnaissables dans d’autres documents de cette période. Ce détail ne prouve rien sur son assassinat et ne doit pas être utilisé comme une annonce prémonitoire.

Il souligne seulement la proximité temporelle. L’homme visible face à Bouvard est bien celui qui rentrera à Rome quelques heures plus tard pour vivre sa dernière journée.

Une séquence où personne ne rit

Philippe Bouvard aura passé des décennies à faire rire la France. Cette archive reste fascinante parce qu’elle révèle une autre présence: un journaliste précis face à un cinéaste qui parle de scandale, de métier et de liberté sans savoir que ces mots deviendront ses dernières paroles télévisées.

Le contraste rejoint notre analyse de la difficulté d’incarner un conflit moral au cinéma. Pasolini ne cherchait pas le consensus. Il voulait obliger le spectateur à regarder ce qu’une société préfère cacher.

Ce qui est établi

  • Philippe Bouvard est mort le 24 août 2026 à Cannes, à 96 ans.
  • Il a interviewé Pasolini le 31 octobre 1975 sur Antenne 2.
  • Pasolini a encore accordé un entretien écrit le 1er novembre.
  • Il a été assassiné dans la nuit du 1er au 2 novembre à Ostie.
  • L’entretien Bouvard est considéré comme sa dernière interview télévisée.

Pour prolonger cette exploration des archives culturelles, notre dossier sur les rôles qui relient plusieurs générations d’acteurs éclaire autrement la transmission de l’histoire du cinéma.

Sources principales

Le Monde pour l’annonce du décès et le parcours de Philippe Bouvard, l’Institut italien de culture de Barcelone et les archives Pasolini pour l’entretien du 31 octobre 1975.

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