Pourquoi autant de films français mettant en scène des enfants traversent-ils la frontière belge? La réponse ne tient ni à une absence de règles en Belgique, ni à une simple préférence pour les briques rouges de Bruxelles. Elle se trouve dans un calcul de production beaucoup plus complet: financement par le Tax Shelter, coproduction locale, dépenses techniques éligibles, décors proches de Paris et cadre de travail des mineurs différent de celui appliqué en France.
Le prochain Ducobu permet de voir cette mécanique à l’œuvre. Ducobu et le fantôme de Saint-Potache, attendu dans les salles françaises le 7 octobre 2026, a cumulé 46 jours de tournage dans les régions bruxelloise, wallonne et flamande. Avec ses jeunes interprètes, son école et son univers familial, le film constitue un cas particulièrement parlant. Mais il ne prouve pas, à lui seul, que la Belgique serait systématiquement choisie pour faire travailler les enfants plus longtemps. Il montre plutôt comment plusieurs avantages peuvent converger dans le même plan de production.

Le prochain Ducobu confirme que la Belgique est devenue une base de production
Le doute n’est plus permis pour le sixième volet. Le coproducteur belge Umedia indique que le tournage a commencé le 1er juillet 2025 et qu’il s’est déployé pendant 46 jours sur le sol belge, à Bruxelles, en Wallonie et en Flandre. Le film réalisé par Élie Semoun réunit notamment Charlie Garnier Naslin, Émilie Caen, Frédérique Bel et Gérard Jugnot.
Cette géographie est importante. Elle montre qu’il ne s’agit pas d’aller chercher un décor isolé pendant deux jours, mais d’installer une part structurante de la fabrication en Belgique. Les salaires, locations, équipes, transports, décors et prestations techniques réalisés localement peuvent alors entrer dans une architecture de coproduction et de dépenses belges.
La sortie française est annoncée au 7 octobre 2026. Le scénario place Latouche et Mademoiselle Rateau dans une maison hantée par Anatole, présenté comme le plus grand cancre de l’histoire de Saint-Potache. Le film reste donc centré sur un monde scolaire et familial qui nécessite de nombreux jeunes comédiens, figurants et journées collectives.
Ducobu passe au vert avait déjà tourné à Ixelles, Nivelles et Middelkerke
Le nouveau film ne surgit pas de nulle part. Ducobu passe au vert, sorti en 2024, avait déjà été tourné en Belgique. Les lieux publiquement documentés comprennent Ixelles, le parc de la Dodaine à Nivelles et Middelkerke. Son montage associait des partenaires français et belges, dont Umedia.
Pour une franchise récurrente, revenir dans le même écosystème a une valeur qui dépasse l’aide fiscale. Une production retrouve des interlocuteurs, des techniciens, des prestataires, une connaissance des autorisations locales et parfois des décors déjà maîtrisés. Cette continuité réduit l’incertitude. Or l’incertitude coûte cher, surtout lorsque le planning dépend de jeunes interprètes, de scènes de classe et de groupes importants.

La bande-annonce officielle de Ducobu passe au vert
La bande-annonce permet de mesurer le nombre de séquences collectives, de décors scolaires et de jeunes visages qu’une telle comédie doit coordonner.
Tourner en Belgique ne signifie pas échapper aux règles sur les enfants
Le point doit être formulé sans ambiguïté. En Belgique, le travail des enfants est interdit par principe. Les activités artistiques, culturelles et audiovisuelles peuvent être autorisées dans le cadre d’une dérogation individuelle préalable. Le SPF Emploi belge détaille des limites de fréquence, de durée, d’horaires et de repos.
Pour les prises de vues non publicitaires, le régime prévoit des possibilités adaptées au secteur artistique. Les enfants de 7 à 11 ans peuvent notamment obtenir un nombre d’activités supérieur au plafond ordinaire, jusqu’à 24 activités par an. Pour les 12 à 15 ans ou les jeunes encore soumis à l’obligation scolaire à temps plein, ce maximum peut atteindre 36 activités. Une activité ne peut pas être exercée plus de cinq jours consécutifs.
Le repos est lui aussi encadré. Le SPF donne un exemple très concret: si les prises de vues d’un enfant de 8 ans se terminent à 22 heures, il ne peut reprendre avant midi le lendemain, afin de respecter quatorze heures consécutives. Ces bornes ne sont donc pas symboliques.
La bonne question n’est pas de savoir si la Belgique autorise tout. C’est faux. La question est de comprendre si son cadre, une fois la dérogation obtenue, permet une organisation différente du cadre français. C’est là que le calendrier, les âges, les jours autorisés, les besoins de nuit et la structure de chaque scène deviennent décisifs.
En France, l’autorisation et la commission des enfants du spectacle structurent le calendrier
En France, employer un enfant de moins de 16 ans pour un film ou une œuvre enregistrée nécessite une autorisation préalable. Le dossier est examiné dans un cadre administratif protecteur, avec avis de la commission spécialisée et contrôle médical. Le livret officiel consacré au travail des enfants rappelle notamment que l’avis médical défavorable empêche la délivrance de l’agrément.
Depuis 2025, l’accord étendu dans la production cinématographique a renforcé la présence d’un responsable des enfants lorsqu’une production emploie des mineurs de moins de 16 ans. Cette personne n’est pas un luxe décoratif. Elle participe à l’organisation quotidienne, à la sécurité, aux rapports avec les responsables légaux et au respect des conditions prévues.
Cette protection produit un coût réel: préparation des dossiers, examen médical, coordination, pauses, suivi scolaire, transports et journées parfois fractionnées. Dire qu’elle coûte ne revient pas à la critiquer. Une protection sérieuse mobilise nécessairement du temps, des professionnels et du budget.
Le Tax Shelter belge finance des dépenses, pas une disparition des obligations
Le Tax Shelter est souvent résumé comme une remise fiscale offerte au cinéma. Cette formule est trompeuse. Il s’agit d’un mécanisme encadré permettant à des entreprises investisseuses de bénéficier d’un avantage fiscal en finançant une œuvre éligible, tandis que la production doit réaliser les dépenses prévues dans les conditions du dispositif.
La brochure du SPF Finances présente le mécanisme comme un incitant destiné aux œuvres audiovisuelles et cinématographiques. Les documents officiels insistent également sur les dépenses effectuées en Belgique et sur les retombées pour l’emploi et les prestataires locaux.
Pour le producteur français, l’intérêt peut prendre plusieurs formes: sécuriser une part du financement, confier des dépenses à un coproducteur belge, louer du matériel, engager des équipes locales, réaliser les effets visuels, le son ou la postproduction en Belgique. Une journée avec des enfants n’est donc qu’une pièce d’un puzzle financier beaucoup plus large.
Ce que le calcul compare réellement
- Le financement: montant mobilisable, calendrier de trésorerie et dépenses éligibles.
- Le droit du travail: autorisations, durée, repos, horaires et responsables présents.
- La logistique: distance avec Paris, hébergement, transports et disponibilité des décors.
- Les équipes: techniciens, studios, loueurs, effets visuels, son et postproduction.
- Le risque: capacité à absorber une météo défavorable, une indisponibilité ou une journée interrompue.
Le gain ne se résume donc pas à payer un jeune acteur moins cher. Le véritable enjeu est de rendre l’ensemble du plan de travail plus prévisible. Pour comprendre comment les enfants sont recrutés avant même ce calendrier, notre enquête sur les différentes portes d’entrée d’un casting de jeunes talents montre déjà qu’un formulaire n’est jamais toute l’histoire.
Les Enfants de Timpelbach: un film où la distribution enfant commande toute la production
Les Enfants de Timpelbach constitue un exemple historique plus massif. Le film de Nicolas Bary est une coproduction franco-belgo-luxembourgeoise dans laquelle un village entier se retrouve livré aux enfants. Ici, les jeunes interprètes ne forment pas un appoint: ils sont le sujet, l’action et la majorité des visages à coordonner.
Le projet a bénéficié du Tax Shelter belge et de soutiens de coproduction. Scope Invest indique avoir levé 6,5 millions d’euros en Tax Shelter pour le film. Ce chiffre montre l’ampleur de l’architecture financière, mais il ne permet pas d’attribuer mécaniquement chaque euro aux journées impliquant des mineurs. C’est précisément la distinction que tout article sérieux doit maintenir.

Les Enfants de Timpelbach en images
Cette bande-annonce illustre l’autre difficulté d’un film dominé par les enfants: scènes de groupe, extérieur, costumes, cascades légères et continuité doivent rester compatibles avec les temps autorisés pour chaque jeune interprète.
Le Prince oublié montre que l’avantage belge peut se jouer hors du plateau
Le Prince oublié de Michel Hazanavicius, avec Omar Sy et une jeune héroïne au centre du récit, apporte une nuance essentielle. La fiche de Beside Productions ne revendique pas des lieux de tournage belges. Elle détaille en revanche un montage franco-belge de 23 millions d’euros, le soutien de Wallimage, la location de matériel caméra et lumière en Belgique, ainsi que des prestations belges de postproduction, d’effets visuels et d’enregistrement musical.
C’est la preuve qu’un film peut bénéficier de l’écosystème belge sans déplacer toutes ses scènes avec enfants sur un plateau belge. Le financement, le matériel, les effets ou la musique peuvent suffire à créer des dépenses locales qualifiantes. Confondre coproduction belge et tournage intégral en Belgique conduirait donc à de fausses conclusions.

La bande-annonce officielle du Prince oublié
Pourquoi les films avec enfants sont particulièrement sensibles au choix du territoire
Un adulte peut parfois prolonger une journée, réorganiser une répétition ou attendre plusieurs heures. Un enfant ne doit jamais être traité comme cette variable d’ajustement. Son âge, son repos, sa scolarité, son état émotionnel et les autorisations obtenues déterminent ce qui peut réellement être tourné.
Sur un film scolaire comme Ducobu, une scène apparemment simple peut réunir un jeune premier rôle, plusieurs camarades identifiables et des dizaines de figurants mineurs. Tous n’ont pas nécessairement le même statut, le même âge ni les mêmes limites. Le premier assistant réalisateur doit donc construire la journée autour de plusieurs horloges.
La Belgique peut apparaître attractive lorsque son régime permet de résoudre plus efficacement ce puzzle. Wallimage a d’ailleurs reconnu publiquement que la différence de législation avec la France pesait dans la localisation de films mettant en scène des enfants ou des adolescents. Cette observation professionnelle confirme l’existence du facteur, mais ne démontre aucune violation ni aucun abus sur un projet précis.
Pour les familles qui découvrent cet univers, l’enjeu reste de distinguer une vraie production encadrée d’une sollicitation opaque. Notre guide expliquant pourquoi les castings recherchent aussi des enfants et adultes débutants rappelle qu’absence d’expérience ne doit jamais signifier absence de contrat, d’autorisation ou de protection.
Ce que les parents devraient vérifier avant un tournage en Belgique
- L’identité juridique de l’employeur: société française, société belge ou coproducteur local.
- La dérogation: personne qui l’a demandée, période couverte et activité autorisée.
- Les horaires: heure de convocation, activité effective, pauses, fin prévue et repos avant la reprise.
- La scolarité: organisation concrète lorsque le tournage empiète sur les cours.
- La rémunération: cachet, frais, transport, hébergement et conditions de versement.
- L’accompagnement: responsable présent sur le plateau et interlocuteur capable d’arrêter une situation problématique.
Le lieu du casting ne permet pas, à lui seul, de savoir quel droit s’appliquera pendant le tournage. Une audition organisée en France peut mener à un contrat et à des prises de vues en Belgique. Les familles doivent donc obtenir les informations concernant le lieu réel de travail, l’employeur et le régime d’autorisation avant d’accepter.
Les annonces actives et leur localisation peuvent être consultées depuis la Casting Map de Your Casting Pro, mais aucune carte ne remplace la lecture du contrat et des documents transmis par la production.
FAQ sur les tournages français avec mineurs en Belgique
Le prochain Ducobu a-t-il été tourné en Belgique?
Oui. Umedia annonce 46 jours de tournage pour Ducobu et le fantôme de Saint-Potache dans les régions bruxelloise, wallonne et flamande. Sa sortie française est prévue le 7 octobre 2026.
Pourquoi une production française choisit-elle la Belgique?
Le choix peut combiner Tax Shelter, coproducteur belge, aides régionales, techniciens, matériel, décors et organisation du travail. Avec des mineurs, la différence de cadre juridique peut aussi peser sur le plan de travail.
Les enfants peuvent-ils travailler librement sur un tournage belge?
Non. Le principe belge reste l’interdiction du travail des enfants. Une activité artistique ou audiovisuelle nécessite une dérogation et reste soumise à des limites d’âge, de fréquence, d’horaires et de repos.
Tax Shelter signifie-t-il que le film est tourné en Belgique?
Pas nécessairement. Un projet peut réaliser en Belgique des dépenses de matériel, d’effets visuels, de son ou de postproduction sans y tourner toutes ses scènes. Le Prince oublié illustre cette distinction.
Peut-on dire que les productions vont en Belgique pour contourner la France?
Cette affirmation générale serait impossible à prouver. On peut démontrer un différentiel de règles et un intérêt économique. L’intention de contourner une protection doit, elle, être établie projet par projet à partir de faits précis.
Ce que révèle vraiment le cas Ducobu
Le prochain Ducobu ne révèle pas un secret honteux, mais une réalité industrielle: la Belgique est assez proche, assez équipée et assez attractive pour accueillir durablement une franchise française portée par de nombreux jeunes interprètes. Le Tax Shelter compte, mais il n’agit jamais seul. Le cadre des mineurs compte, mais il ne supprime ni dérogation ni contrôle.
La conclusion la plus solide est donc moins spectaculaire que l’accusation de dumping, et beaucoup plus utile. Lorsqu’un film français avec enfants s’installe en Belgique, il faut regarder quatre documents avant de juger: le plan de financement, les lieux de tournage, l’employeur réel des mineurs et les autorisations qui encadrent leurs journées. C’est à cette condition que l’on peut distinguer une coproduction intelligemment organisée d’une optimisation réalisée au détriment des enfants.
Sources principales
- SPF Emploi belge: réglementation, dérogations, fréquence, horaires et repos applicables au travail des enfants.
- SPF Finances: fonctionnement et finalité économique du Tax Shelter audiovisuel.
- Umedia: 46 jours de tournage belge pour Ducobu et le fantôme de Saint-Potache.
- Wallimage: analyse de l’attractivité wallonne et du différentiel réglementaire pour les productions avec jeunes interprètes.
- Unifrance et Scope Invest: coproduction et financement des Enfants de Timpelbach.
- Beside Productions: montage financier et prestations belges du Prince oublié.
