Les animaux sont présents dans 76 % des films de fiction d’initiative française étudiés pour 2024, mais leur simple apparition à l’écran ne signifie pas toujours qu’un « animal acteur » a été recruté. L’étude publiée par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) distingue les animaux vivants, morts ou synthétiques, les individus dressés pour une action, les silhouettes dans le décor et les animaux libres filmés sans intervention de la production.
Cette photographie statistique, réalisée par Aloki Conseil pour le CNC, éclaire un pan discret de la fabrication des films : choix artistique, préparation, sécurité, bien-être, temps de plateau et recours croissant aux effets visuels. Elle ne mesure toutefois ni le nombre d’emplois créés, ni les salaires, ni les incidents de tournage. Voici ce qu’elle permet réellement d’établir sur l’emploi des animaux dans le cinéma en France.
Les cinq chiffres à retenir pour 2024
Sur les films de fiction d’initiative française agréés par le CNC et effectivement visionnés, 134 comportent au moins un animal. Cela représente 76 % du corpus 2024, contre 70 % en 2015. L’étude recense 70 espèces et 1 593 individus visibles. Dans 23 films, au moins un animal peut être qualifié d’animal acteur ; 12 films emploient également des représentations de synthèse.

Ces nombres ne correspondent pas à 1 593 animaux engagés par des productions. Un troupeau aperçu dans un paysage, un oiseau sauvage traversant le cadre ou des poissons filmés dans leur milieu sont comptabilisés, même lorsqu’ils n’ont pas été placés ni dirigés par l’équipe du film.
Ce que mesure exactement l’étude du CNC
Le travail porte sur les longs métrages de fiction d’initiative française agréés sortis en salles en 2015, 2019 et 2024. Les documentaires et films d’animation sont exclus. Les analystes ont visionné 94,8 % des films concernés ; 27 titres n’étaient pas disponibles en vidéo à la demande au moment de l’étude, principalement des œuvres à petit budget ou ayant enregistré peu d’entrées.
L’unité de mesure est double : le film, pour savoir si une espèce apparaît, et l’individu, pour estimer combien d’animaux sont visibles. Cette méthode révèle des tendances, mais elle ne constitue ni un registre d’embauche ni un audit vétérinaire. Elle ne dit pas combien de jours un chien a travaillé, combien de soigneurs ont été mobilisés ou quel budget a été consacré à la séquence.
Cette limite est essentielle : le mot « emploi » désigne ici l’usage d’animaux dans la fabrication et la narration cinématographiques. Il ne faut pas convertir automatiquement chaque présence à l’écran en cachet, en contrat ou en poste.
Chiens, oiseaux et chevaux dominent les écrans
Le chien reste l’espèce la plus fréquente : il apparaît dans 71 films du corpus 2024. Viennent ensuite les oiseaux, dans 36 films, puis les chevaux, dans 33 films. Les chats et les vaches sont chacun présents dans 15 films, les poissons dans 13.
La diversité progresse nettement. Le nombre d’espèces recensées passe de 51 en 2015 à 65 en 2019, puis 70 en 2024. Le nombre moyen d’espèces par film atteint trois en 2024, contre deux lors des deux millésimes précédents. En parallèle, 28 % des films comportant des animaux montrent au moins quatre espèces, contre 20 % en 2015.
Cette diversité demeure très dispersée : 74 % des espèces apparaissent dans moins de cinq films et 44 % dans un seul film en 2024. Le cinéma français montre donc davantage d’espèces, sans que cette variété efface le poids massif de quelques animaux familiers et immédiatement lisibles à l’écran.
Présence, figuration et animal acteur : trois réalités différentes
Un animal présent dans un plan n’accomplit pas nécessairement une action prévue par le scénario. Il peut appartenir au décor, traverser un champ ou être observé dans son milieu naturel. À l’inverse, l’étude parle d’animal acteur lorsqu’un individu est identifié et réalise une action dirigée ou tient une place narrative reconnaissable.
En 2024, 23 films comportent ainsi des animaux acteurs, soit 17 % des films avec animaux. Ils étaient 10 en 2015 et 15 en 2019. Neuf espèces et 124 individus sont identifiés dans cette catégorie pour 2024. Leur durée moyenne de présence atteint 27 secondes par individu ; six films dépassent une minute et quatre dépassent deux minutes.
Le rôle véritablement narratif reste rare. Le CNC ne recense que neuf films dans lesquels l’animal joue un rôle dans l’histoire, soit 7 % des films avec animaux. La progression des animaux acteurs ne signifie donc pas que les scénarios français deviennent massivement centrés sur eux.
1 593 individus en 2024, mais un total à interpréter avec prudence
Le corpus 2024 compte 1 593 individus, soit environ 12 animaux par film en moyenne. L’année 2019 affiche un total spectaculaire de 22 297 individus et une moyenne de 194 par film. Ce bond ne traduit pas une explosion générale des animaux sur les plateaux : quelques films montrant des groupes très nombreux suffisent à déformer l’ensemble.
Six films des trois années observées réunissent au moins 100 individus, dont cinq sortis en 2019 et Salem en 2024. La médiane et la répartition par classes sont donc plus parlantes que la moyenne brute. En 2024, la moitié des espèces comptent moins de cinq individus visibles et 27 % n’en comptent qu’un seul.
Autre distinction utile : 112 films montrent des animaux domestiques, soit 84 % des films avec animaux. Ils représentent 893 individus, ou 56 % du total 2024. Les animaux sauvages filmés en liberté sont présents dans 46 % des films avec animaux et constituent 39 % des individus. Une même espèce, notamment un oiseau, peut relever de plusieurs situations selon le plan.
Les effets visuels complètent encore l’animal réel
Douze films de 2024 utilisent des animaux de synthèse, contre deux en 2019 et quatre en 2015. Dans les douze cas, le film montre également de vrais animaux de la même espèce. Les images numériques servent donc surtout de complément : plan impossible, mouvement dangereux, multiplication d’un groupe, continuité ou représentation d’un animal mort.
Parmi ces douze films, onze représentent des animaux synthétiques vivants et six des animaux synthétiques morts ; deux ne les emploient que pour des individus morts. Le recours aux effets visuels progresse, mais les données ne démontrent pas encore un remplacement complet des animaux vivants.
Cette combinaison correspond à une logique de réduction du risque : garder l’animal réel pour les plans simples et contrôlés, puis déplacer vers le numérique ce qui exigerait une contrainte excessive. Elle suppose toutefois d’anticiper dès l’écriture et le découpage les plans réalisables sans exposer inutilement un animal.
Comment se prépare une séquence avec un animal
Le travail commence avant le plateau. Le scénario doit être dépouillé pour identifier l’espèce, l’action attendue, la durée, le décor, les bruits, les lumières, les autres interprètes et les éventuels effets spéciaux. Une action apparemment simple — regarder un personnage, rester immobile ou franchir une porte — doit être traduite en comportement obtenable sans peur ni douleur.
Viennent ensuite le choix de l’individu et de son encadrement, les répétitions, les temps de repos, l’eau, l’alimentation, le transport, l’hébergement et la sécurisation du décor. La production doit aussi prévoir une solution de repli : modifier l’axe, raccourcir la prise, employer une doublure animale ou basculer un plan en effets visuels.
Le plateau doit limiter les attentes et les stimulations inutiles. Le réalisateur, l’équipe image, le son, la machinerie et les effets doivent coordonner leurs besoins avec la personne chargée de l’animal. Cette organisation rappelle que les contraintes de tournage ne sont jamais abstraites : elles imposent aussi des aménagements précis lorsque des interprètes vulnérables sont concernés, comme le montre notre article sur les contraintes du tournage de Harry Potter avec les enfants.
Le cadre légal français : une obligation de protection, pas un label de tournage
En France, l’article L214-3 du Code rural et de la pêche maritime interdit les mauvais traitements envers les animaux domestiques ainsi qu’envers les animaux sauvages apprivoisés ou tenus en captivité. L’article R214-17 impose notamment une nourriture, une eau, des soins et des conditions de détention compatibles avec les besoins de l’espèce.
Les actes de cruauté et sévices graves relèvent en outre de l’article 521-1 du Code pénal. Le texte prévoit trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende, portés à cinq ans et 75 000 euros lorsque les faits entraînent la mort de l’animal.
Ces règles générales s’appliquent au tournage. En revanche, la seule présence au générique de la formule « aucun animal n’a été maltraité » n’est pas une certification publique universelle. Elle ne remplace ni la prévention, ni les preuves de préparation, ni le respect effectif du droit.
La règle des 3R entre dans les pratiques de production responsable
Publiée en mai 2024, l’AFNOR SPEC 2308 propose un référentiel volontaire pour une production cinématographique, audiovisuelle et publicitaire responsable. Son volet consacré aux animaux reprend la logique des 3R : remplacer l’animal vivant lorsque cela est possible, réduire le nombre d’individus et leur temps de présence, puis raffiner les conditions de transport, d’hébergement, de soin et de travail.
Le principe ne consiste donc pas seulement à éviter une maltraitance visible. Il invite à se demander si l’animal est nécessaire, si le plan peut être simplifié et si l’environnement a été adapté à ses besoins. Le CNC rattache ce référentiel à sa démarche de responsabilité sociale et environnementale ; depuis septembre 2025, son dispositif RSE+ peut valoriser les productions engagées dans ce cadre.
La norme demeure volontaire. Elle complète le droit sans le remplacer. Sa force tient surtout à sa capacité à transformer une intention générale en questions de fabrication : pourquoi cet animal, combien de temps, dans quelles conditions, avec quelle alternative et quels éléments de suivi ?
Les génériques progressent, mais documentent encore mal les pratiques
En 2024, 60 films comportant des animaux affichent une mention au générique, soit 45 % d’entre eux. Cette part était de 41 % en 2015 et de 48 % en 2019. Mais seuls six films de 2024 utilisent la formule exacte indiquant qu’aucun animal n’a été maltraité, soit 4 %.
Une mention peut créditer un dresseur, une société spécialisée, un refuge, un propriétaire, un vétérinaire ou un fournisseur d’images. Elle confirme une intervention, pas nécessairement l’étendue du protocole. À l’inverse, l’absence de formule standard ne prouve pas qu’un animal a été maltraité.
Pour améliorer la transparence, les productions pourraient documenter plus systématiquement les métiers mobilisés, les espèces concernées et les mesures de remplacement ou de réduction. L’étude du CNC montre précisément que le générique reste une source partielle.
Quels métiers travaillent autour des animaux de cinéma ?
Selon la séquence, la chaîne peut mobiliser propriétaires, éducateurs ou dresseurs, soigneurs, transporteurs spécialisés, vétérinaires, responsables de production, régie, effets spéciaux et artistes VFX. Leur rôle ne se confond pas : préparer un comportement, surveiller l’état de l’animal, organiser sa présence et fabriquer une doublure numérique répondent à des compétences différentes.
Le rapport ne chiffre toutefois ni leurs effectifs, ni leurs rémunérations, ni la valeur économique de ce marché. Il serait donc abusif d’en déduire un volume d’emploi national. Sa contribution est ailleurs : elle montre que les choix d’écriture et de mise en scène créent des besoins de préparation bien réels, même lorsque l’animal n’apparaît que quelques secondes.
Les tournages continuent parallèlement de recruter des interprètes et figurants humains. Une annonce active pour un film tourné près du Mont-Saint-Michel illustre cette autre dimension de l’organisation d’un plateau. Pour les mineurs, notre guide sur les autorisations des enfants du spectacle détaille un cadre spécifique qu’il ne faut pas transposer aux animaux, mais qui rappelle la nécessité d’anticiper les protections avant le premier jour de tournage.
Une bande-annonce pour observer la place narrative de l’animal
La bande-annonce officielle des Chèvres !, publiée par Pathé, offre un exemple récent de film français dans lequel l’animal n’est pas un simple élément de décor. Elle permet d’observer comment la mise en scène construit une présence comique et narrative autour de l’animal. Cette vidéo illustre le sujet ; elle ne documente pas, à elle seule, les conditions réelles du tournage.
Voir la bande-annonce officielle des Chèvres ! sur la chaîne YouTube de Pathé.
Ce que l’étude change pour les prochains tournages
Le principal enseignement n’est pas que les animaux seraient soudain devenus omniprésents : ils l’étaient déjà dans sept films sur dix en 2015. La nouveauté tient à la diversification des espèces, à la hausse des animaux acteurs identifiés et à l’usage plus fréquent du numérique en complément du réel.
Pour une production, cela renforce trois exigences. D’abord, décider très tôt si l’animal est indispensable à la scène. Ensuite, traiter son intervention comme un poste préparé, et non comme un accessoire ajouté au dernier moment. Enfin, rendre plus lisibles les choix effectués : encadrement, réduction du temps de présence et recours aux effets visuels.
Le cinéma français dispose désormais d’une base chiffrée solide pour discuter de ces pratiques. La prochaine étape serait de relier la présence à l’écran aux conditions concrètes de fabrication : jours de tournage, métiers mobilisés, coûts, incidents, contrôles et part des plans remplacés. Tant que ces données n’existent pas, l’étude doit rester ce qu’elle est : un inventaire précis des représentations, et non un certificat global de bien-être animal.
Sources principales : CNC, « Les animaux dans les films d’initiative française agréés », étude Aloki Conseil publiée le 16 juillet 2026 ; AFNOR SPEC 2308 ; Code rural et de la pêche maritime ; Code pénal. Données arrondies telles que publiées par le CNC.

